[ Billet d’humeur ]

Ce qui me vient à l’esprit, après quelques jours de « dé-confinement », c’est que l’on est tous amenés à réinventer sa manière d’appréhender le quotidien : se déplacer, travailler, communiquer, consommer, se divertir. Tous ces automatismes, qui étaient si bien ancrés en nous, semblent appartenir à un passé presque lointain. Et de constater que, si nous affichons une capacité d’adaptation impressionnante, il est tout de même assez « éprouvant » de vivre dans l’incertitude constante.

Peut-être bientôt, à force d’imagination et d’habitudes nouvelles, pourrons-nous parler de résilience ? Toujours est-il que nous sommes face à un exercice partagé, pour ne pas dire un impératif commun : recréer une façon de vivre le « vivre ensemble ». Que signifie aujourd’hui « faire société » ? Au-delà des clivages et des inégalités mis en exergue durant ce temps de replis, ce qui m’a le plus frappée, c’est cet élan de créativité, entre humour, espoir et désespoir.

Il m’apparaît important de chercher à comprendre, de tenter de se réassurer. Comprendre pourquoi il est nécessaire de poursuivre des actions artistiques, pour les personnes qui en sont encore plus éloignées qu’elles ne l’étaient avant la crise sanitaire et, surtout, comment.

Les enjeux de la perception

“L’imaginaire, c’est ce qui tend à devenir réel.”

André Breton

Notre perception du monde est l’une des clés essentielles de notre liberté individuelle, car au fond, c’est bien de la liberté dont il s’agit : liberté d’agir et d’inter-agir. L’art, sous toutes ses formes, est un des moyens de l’exprimer, de la questionner et de la défendre.

Les œuvres d’art sont des portes ouvertes sur des univers singuliers qui nous font percevoir le monde autrement. Et, « bonne nouvelle », le cerveau ne fait pas de différence entre l’imaginaire et le « réel ». Cet éclairage des neurosciences ouvre le champ des possibles. Tout résiderait donc dans notre capacité à imaginer… Les philosophes et les artistes de l’Antiquité à nos jours, ont mis en avant ce fait qui prend une couleur particulière en ces quotidiens troublés.

Il s’agirait d’arriver à créer une nouvelle réalité commune, partagée et « partageable » qui pourrait résonner en chacun de nous de manière singulière. Et si cet objectif était déjà d’actualité il y a quelques mois, il revêt une certaine urgence aujourd’hui. Les personnes isolées, pour des raisons de santé ou sociales, ont des difficultés certaines à accéder aux outils dont nous disposons dans la vie de tous les jours et encore davantage à accéder à toutes formes d’art. Leur réalité perçue est, sans peu de doutes, loin d’être foncièrement agréable. Et ce malgré tous les efforts des personnels qui les accompagnent.

Encourager l’imaginaire

Sur quoi pouvons-nous agir concrètement. La réalité, le réel, sont des notions, voire des concepts, très difficiles à définir. Toujours est-il que nous partageons beaucoup de choses, via l’expérience du réel. Il nous est souvent possible de juxtaposer des mots, des sons, des goûts, des matières, des odeurs et des images de différentes manières. C’est là un des rôles essentiels de l’art et par ailleurs le cœur de ma mission.

Cercles encerclés W. Kandinsky. 1923

Observer toutes les initiatives mises en oeuvre dans les champs de la culture, de l’art et de la santé pour accompagner les plus fragiles d’entre nous, me donne beaucoup d’espoir et de courage. On a pu noter l’émergence de nouveaux supports numériques et l’usage massif des technologies de la communication pour tenter palier aux manques de contacts engendrés par la distanciation physique. TIA ! l’a d’ailleurs expérimenté avec « Un peu d’Art ». Et même si je salue ces projets et l’utilité des nouvelles technologies, je ne souhaite pas me résoudre à n’évoluer que dans le virtuel.

Encourager l’imaginaire, maintenir le lien humain et le lien social, sont les problématiques au centre de toute mon attention actuellement. Il nous sera bien évidemment difficile de s’affranchir du numérique, et ce n’est pas l’objectif de TIA ! qui encourage depuis sa création les superbes initiatives d’associations qui œuvrent en ce sens. Il s’agit davantage de concilier les sens, leurs perceptions et leurs stimulations.

Il s’agit d’un nouveau terreau de réflexions que je souhaite fertile.

Hélène Voinson pour TIA !


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