Troisième mois de voyage 🧳
Latitudes & longitudes

Je suis arrivée en Argentine en début d’année et j’y ai vécu janvier en été pour la première fois.
Ce vaste pays est complexe et surprenant. Je n’en ai traversé qu’une infime partie et seulement frôlé du bout des doigts la richesse de ses paysages, de ses cultures et de son histoire.

L’Argentine est agitée par des changements politiques dont les échos résonnent à l’international. Ici, au quotidien, on a pu percevoir l’inquiétude des habitants mais aussi la force de leurs espoirs. En parallèle de ces événements, l’Argentine fête cette année les 40 ans de l’instauration de la démocratie. Anniversaire qui revêt une importance particulière tant il souligne sa propre fragilité.
Ce thème a été largement abordé dans les différents musées et galeries que j’ai visités. J’ai été surprise de voir que les arts textiles (broderie, crochet, couture, tapisserie… ) y tiennent une place prépondérante. J’ai compris qu’ils servaient très souvent des combats politiques et des luttes pour la liberté et les droits des femmes.
A Córdoba, des femmes artistes brodeuses, se réunissent au Musée Évita Palacio Ferreyra pour travailler ensemble. Elles ont monté une exposition sublime et puissante sur les 40 ans de la démocratie et la lutte féministe.


Le fichu est un des symboles de la lutte pour le droit des femmes. Le fichu vert est le symbole du combat pour le droit à l’avortement en Argentine.


A Córdoba Capital, Félix a rencontré Julito Vaca, un jeune artiste muraliste talentueux. Lui et sa famille nous accueillis les bras ouverts. Felix et Julito ont peint deux murs dans la rue Buenos Aires. « Cambalache » signifie l’échange. C’est un concept semblable à l’Ayni andin en castillan. Un mot parfait pour traduire l’esprit de ce voyage.
Un magnifique travail et une expérience de partage et d’amitié qui transparaissent dans les coups de pinceaux. Plus de photos disponibles sur le compte insta des artistes : @felix.wysocki.apaiz / @julito_vaca

Quelques excursions dans la nature m’ont rappelée que tout ici est à l’envers, les saisons comme les étoiles. Nous sommes en plein milieu des grandes vacances d’été sous des températures très élevées. On parle aussi de dérèglement climatique ici, par endroit et par moment.


Ce début d’année a également été propice aux questionnements et aux premiers bilans. En l’espace de quatre-vingt-dix jours, j’ai traversé 3 pays, dormi dans une vingtaine d’endroits différents. Ma perception des espaces est sensiblement modifiée. Le rapport au temps, lui aussi, évolue à chaque déplacement.

Je compose le quotidien avec de nouvelles incertitudes. Les routines et les habitudes ont un autre visage. En Argentine [Tissages] a pris une pause dédiée à la contemplation et à l’inspiration. A l’introspection également. Je n’ai pas rencontré de brodeuses mais j’ai eu la chance d’échanger quelques mots et recommandations avec certaines d’entre elles via les réseaux sociaux.
Moi qui d’ordinaire aime tout planifier, je me laisse davantage porter par le hasard du quotidien : dejarse llevar / se laisser porter. C’est un peu la philosophie d’ici je crois…

J’ai pris le temps de broder et de dessiner en me penchant sur les thèmes de la perte et de la disparition. Sujets d’une haute sensibilité sur ces territoires colonisés et longtemps régis par la peur. Il n’est pas rare d’avoir dans sa famille un oncle, un grand-père ou une cousine disparus. C’est très récent et encore très présent. Ces histoires de familles déchirées nous rappellent à la réalité de la guerre qui fait rage sur notre vieux continent.

Sous ces latitudes et sur ces longitudes, là où le soleil brille et brûle, je remets en question mon rapport à la consommation, mes engagements et interroge mon potentiel d’action. Tout sera forcément différent à mon retour.
Je boucle mon sac à dos pour le Chili, dernière étape du voyage. Nous allons traverser la Cordillère des Andes en bus et de jour pour profiter une dernière fois de ces paysages qui me subjuguent. Ils sont d’une beauté étourdissante. La mer de Valparaiso et la chaleur de Santiago nous attendent de l’autre côté des montagnes.

Super! Bonne route au Chili!!