Cet article aborde un sujet sensible, assurez-vous d’être dans de bonnes dispositions pour le lire.

C’est la seule certitude que nous puissions avoir, la seule « donnée » qui nous met tous sur un pied d’égalité : nous allons mourir.

« La mort à cheval » – Jean-Michel Basquiat

Si cette première phrase peut en faire pâlir plus d’un, même en effrayer sûrement, il s’agit d’un fait indéniable, une donnée à laquelle nul ne peut se soustraire. Ne serait-il pas temps de faire la paix avec l’inéluctable ? Il existe bien des moyens d’intégrer l’idée de notre finitude et tenter de comprendre pourquoi nous en avons si peur.

La philosophie, la spiritualité, la religion, la mythologie… nombre de disciplines et de domaines ont bâti une multitude de récits autour de la question pour tenter d’exprimer et d’apaiser les angoisses liées à cette mystérieuse faucheuse. La mort est un sujet privilégié de recherche artistique, elle est un des thèmes qui parcourt l’histoire de l’art avec le plus de constance. Car, le mystère, réside principalement dans l' »après » : qu’allons-nous devenir ? ; et la peur dans le comment : vais-je souffrir ? Serai-je seul ? Ces questions sont tout à fait légitimes.

Néanmoins, il nous est possible d’agir et de décider, tout du moins en partie, sinon du pourquoi, du comment. Et par là, de redonner une valeur à la vie, à sa vie. Et pour paraphraser Youki Vattier de « Réenchanter la mort ». Car si la « peur de mourir » est tout à fait compréhensible, elle ne devrait pas nous empêcher de vivre.

LEVER LES TABOUS

S’il est bien un sujet tabou dans nos sociétés occidentales, c’est celui de la mort. On ne veut pas en parler, on ne veut pas y penser, à vrai dire c’est tout juste si on ne l’élude pas complètement. J’ai pourtant le sentiment qu’il s’agit là d’un sujet essentiel où il est avant tout question de dignité et, plus largement, d’humanité.

Les tabous naissent le plus souvent par un subtil mélange de manque de connaissance et de peur de l’inconnu ; l’un et l’autre étant également profondément liés. Nous sommes tous, chacun dans notre coin, rongés par une multitude de questions. Au-delà d’une vraie curiosité pour la vie et ses mystères, j’ai toujours nourri un intérêt pour la mort, ses représentations et toutes les théories qui l’accompagnent.

Damien Hirst – « For the love of God » 2007 Platinium and diamonds skull

Cet intérêt, parmi d’autres, m’a conduit à travailler en EHPAD durant plus de deux ans. J’y ai côtoyé la mort et des personnes qui s’en approchaient. J’ai été surprise de constater que là aussi, il s’agissait d’un sujet ultra sensible, difficile à aborder. Pourtant bel et bien présent. Lorsque j’ai eu l’occasion d’effleurer le thème au travers d’ateliers et de rencontres, j’ai très souvent senti une grande tristesse, parfois une immense détresse, ou même une attente fervente, et quasiment toujours une pudeur qui sonnait comme un accord tacite : n’en parlons pas. Un véritable tabou. Des émotions et des sentiments tellement forts dans une bulle de non-dits. Ces mêmes émotions qui donnent également et étrangement place à une forme de rage de vivre indescriptible.

Hormis quelques témoignages de personnes ayant vécu des « expériences de mort imminente », il est « impossible », tout du moins scientifiquement, de recueillir les témoignages de nos morts. A défaut de communiquer avec l’au-delà, il nous est possible de nous renseigner sur le sujet, et ce, de bien des manières.

se documenter, lever le voile

Source intarissable : la mort est un sujet qui fait couler l’encre à flots, qui délie les langues les plus pragmatiques et les plus poétiques, dirige les regards curieux et nourrie les imaginaires les plus fertiles. Aujourd’hui, grâce à l’internet, on a accès à une multitude d’ouvrages, de références et de ressources. Je souhaitais partager avec vous mes récentes découvertes, mes derniers « coups de cœur » sur le sujet.

Le podcast « Mortel » de Nouvelles Écoutes
>> ICI

Ce podcast raconté par Taous Merakchi, relate le décès de son père. Il aborde beaucoup de sujets relatifs à la mort, les croyances et les mythes qui l’entourent mais aussi tous les aspects pragmatiques, sociaux et législatifs qui l’accompagnent.

Tous Merakchi a fini par écrire un livre « Mortel », aux éditions Marabout, à partir de ce podcast. En véritable passionnée, elle nous livre avec une humanité débordante toute son expérience. Sans tabou et très documenté, ce podcast est un pas vers l’acceptation de la mort comme faisant partie intégrante de la vie.

Le reportage « Le dernier vœu : un peu de bonheur avant de partir » | ARTE Regards
>> ICI

Réaliser le dernier souhait de malades en fin de vie, c’est la mission de la Fondation néerlandaise Ambulance Wens. Celle-ci met tout en œuvre afin de réaliser les derniers désirs de ses patients : d’un voyage en bateau à une rencontre avec le Pape.

Le reportage retrace l’action de ces bénévoles qui permettent à des personnes en fin de vie de réaliser un rêve ou un souhait. C’est surtout une célébration de la vie qu’il nous est donné de voir et les larmes de joie se mêlent rapidement à celle de tristesse. En acceptant la fin, les patients et leurs entourages vivent pleinement l’instant présent. Une leçon d’humilité qui nous invite à questionner le sens que donnons à notre existence autant que celui que nous donnons à notre mort.

Le documentaire « Fin de partie : repenser la vie et la mort » produit et visible sur Netflix
>> Bande-annonce ICI

Ce documentaire est bouleversant. Il suit le quotidien de plusieurs personnes en fin de vie accompagnées par des équipes de soins incroyables. Le film est sobre, respectueux, sans fausse pudeur ni faux semblants.

Au-delà de l’idée d’acceptation de la mort, ce documentaire nous plonge dans le monde professionnel de l’accompagnement de fin de vie. Des personnes, qui, au quotidien soignent et prennent soin des patients et de leurs familles avec dignité, respect et humanité. Une humanité qu’il fait chaud de voir et de ressentir à travers l’écran.

Netflix propose également le documentaire « Extremis » qui traite plus spécifiquement des personnes sur le point de mourir à l’hôpital et des difficultés à comprendre leur volonté quant à la poursuite ou non de certains traitements.

Livre « Réenchanter la mort » de Youki Vattier aux éditions Actes Sud
>> Interview de l’auteure ICI / Collection « Je passe à l’acte »

Ceux qui me connaissent, et/ou ont déjà lu certains de mes articles, savent que ce livre a été pour moi une petite révolution intérieure. L’auteure n’occulte pas le fait que la mort est un drame mais elle rappelle qu’il s’agit avant tout d’une étape qu’il est important de vivre, notamment à l’aide des rites et des traditions.

Ce livre dresse également un état des lieux (assez pessimiste) des rites de deuil dans la culture française tout en donnant des pistes concrètes pour leur redonner du sens.

Petite vidéo « Un p’tit shoot de philo : pourquoi la mort ? » de la chaîne belge RTBF
>>ICI (moyennant une inscription « gratuite » via FCB par exemple)

Deux minutes durant lesquelles tout l’objet de cet article est résumé.
Un ton clair et humoristique qui vient mettre en lumière le caractère inéluctable de la mort.

N’hésitez pas à partager vos sources en commentaires.

redonner du sens à la vie

En intégrant le fait que tout ici bas a une fin, peut naître l’envie de donner un sens ou tout du moins du sens à notre existence. Qu’avons-nous envie de réaliser, de transmettre, de partager ? Quelles valeurs souhaitons-nous défendre et promulguer ?

J’ai découvert, en travaillant sur un projet intergénérationnel, le travail de Bronnie Ware, une infirmière australienne qui a accompagné les personnes en fin de vie durant sa carrière. Elle leur a demandé, à l’approche de leur décès, quels étaient les choses qu’ils auraient aimé faire ou ne pas faire et écrit « Les 5 regrets des personnes en fin de vie ». Elle a, par la suite, mis au point une méthode de développement personnel pour arriver au bout de sa vie sans ces regrets. S’il faut replacer l’écriture de ce livre dans le contexte social, culturel et politique de son époque, force est de constater que ces 5 regrets sont encore bien d’actualité dans nos sociétés occidentales :
« – Vivre la vie des autres
– Consacrer trop de temps à son travail
– Ne pas avoir exprimé ses sentiments
– S’être éloigné de ses amis
– Ne pas s’être autorisé à être heureux « 
De quoi nous faire cogiter quelques instants…

« La vie et la mort » – Gustave Klimt, 1915

C’est sûrement parce-que la peur de la mort nous amène aujourd’hui à accepter bien des restrictions dans notre vie quotidienne qu’il est important de tenter de la comprendre. C’est une des questions soulevées par la crise que nous traversons, notamment concernant les personnes âgées. Faut-il, parce-qu’elles sont des personnes « à risque », les isoler davantage ? C’est une question à laquelle il est bien difficile d’apporter une réponse, tant la voix des personnes concernées est faiblement entendue (ou écoutée ?).

Et, puisqu’il nous faut inventer des nouvelles manières de vivre, questionner l’essentiel et le non-essentiel, savoir qu’il y a une fin peut faire office de dénominateur commun. En prendre conscience c’est également se donner l’opportunité de préparer ce moment avec ses proches, d’échanger et d’exprimer ses dernières volontés. Nous aborderons ce sujet dans un prochain article.

Hélène Voinson
pour Take It Arty !

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