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Terminer un projet participatif : restituer, évaluer, transmettre

Il serait tenant de croire que terminer un projet participatif, c’est simplement remplir des tableaux excel et refermer un dossier. Les personnes qui travaillent sur le terrain vous le diront : c’est un moment de passage, presque un rituel. Pour Momentum, ce passage arrive maintenant. Le projet se termine et le clap de fin se fera avec la remise des catalogues en février prochain, pour laisser une trace collective.

Nous avons volontairement choisi de clôturer avant décembre, un mois qui, en EHPAD, se transforme en course de festivités, d’animations, de visites et d’émotions. Finir à ce moment là permet de laisser aux équipes et aux résident·es l’espace mental pour vraiment recevoir le projet et non pas juste l’ajouter à un mois déjà saturé.

Activation de « L’atelier d’aquarelle dans l’eau » de SARKIS à l’EHPAD Niederbourg – Exposition JOIES – prêt de l’oeuvre par le FRAC Alsace

Les oeuvres de l’exposition JOIES sont retournées dans les réserves du FRAC Alsace. Dans l’EHPAD Niederbourg, les murs ont retrouvé leurs décorations et brillent déjà aux lueurs des guilandes de Noël. Momentum n’est plus visible mais il est important de laisser une trace… ne pas juste disparaître.

Pour ce projet, cette trace prend la forme d’un catalogue : un objet qui rassemble les voix, les images, les intuitions et les gestes. Cette édition se veut être avant tout un outil de transmission :

  • pour les résident·es, qui peuvent se revoir autrement ;
  • pour les professionnel·les, qui voient le projet prolonger le soin ;
  • pour les partenaires, qui comprennent son ampleur ;
  • et pour moi, qui peux enfin dire : “voilà ce que nous avons fait ensemble”.

Clore, c’est rendre visible. C’est faire exister ce que nous avons vécu ensemble. En outre, les réalisations des ateliers seront accrochées dans l’établissement et/ou rendues à leurs propriétaires.

Atelier modelage par Elsa Varin – EHPAD Niederbourg – Projet Momentum

Une fois cet « au revoir » prononcé, il restera une étape (déjà en route)… l’évaluation !

C’est là que les choses se corsent. Parce que l’évaluation des projets participatifs, surtout en culture & santé, c’est un peu comme essayer de mesurer l’épaisseur du vent.

Le webinaire [ Mesurer l’impact social des projets culture santé ] proposé par Le Pôle Culture Santé Nouvelle Aquitaine, auquel j’ai participé le mois dernier, rappelait quelques vérités qui m’ont fait du bien :

  • On ne pourra pas tout mesurer.
  • Les indicateurs ne sont pas standardisés : ils dépendent des objectifs du projet.
  • Même sans budget pour un cabinet externe, on peut mener une démarche évaluative rigoureuse.
  • La transparence est un pilier : expliquer comment on a procédé et montrer les limites qui nous bloquent.

Et surtout : ne pas confondre réalisations, résultats et impacts.

Parce que montrer “ce qu’on a fait” (un atelier, une installation, un catalogue) n’est pas montrer “ce que cela a produit” (une expérience, une transformation, une émotion durable), ni “ce que cela a changé” (impact social, bien-être, liens, posture, regard).

L’évaluation, surtout en culture & santé, demande quelque chose qui dépasse les méthodes : de la sincérité. Évaluer un projet participatif, c’est accepter :

  • que tout n’ait pas marché,
  • que certaines idées ne prennent pas,
  • que certaines attentes restent en suspens,
  • que l’on ne maîtrise jamais totalement la manière dont les personnes s’approprient les choses.

Mais c’est justement ce qui rend l’exercice précieux. Cette lucidité et cette franchise sont une mine d’or pour concevoir les projets suivants. Ce matériau-là, brut, imparfait, humain, est essentiel pour faire évoluer nos pratiques et avouer « bon, ça, on ne refera plus jamais comme ça ».

Le webinaire rappelait que les projets culture & santé touchent quatre familles d’acteurs :

  • les résident·es/patient·es,
  • les professionnel·les,
  • les artistes et structures culturelles,
  • les proches et aidant·es.

Et que les effets sont multiples :
bien-être accru, créativité renforcée, sentiment de sens retrouvé, décloisonnement des pratiques, changement de regard sur l’institution…

Pour Momentum, ce que je peux déjà observer : des micro-déplacements dans les relations entre les résidents mais aussi entre les équipes, de la fierté, des professionnels qui me disent que “ça change”, des proches qui découvrent autrement leurs parents. Rien de cela ne se met dans un tableur. Et pourtant, c’est là que réside l’impact.

Ce que j’apprends avec les années, c’est que terminer un projet participatif demande une énergie particulière :

  • celle de documenter,
  • de relire,
  • de relier les fils,
  • de traduire l’invisible en mots,
  • de collecter les retours,
  • de rendre l’ensemble compréhensible sans l’abîmer.

C’est un travail sensible, méthodique, parfois fastidieux… mais absolument essentiel.

Parce qu’une fin soignée, c’est :

  • un moyen de rendre hommage aux personnes impliquées ;
  • une condition pour faire grandir les prochaines actions ;
  • un geste de respect envers les financeurs, partenaires, institutions ;
  • un levier pour diffuser et inspirer d’autres initiatives.

C’est aussi un moment de recul pour moi : récolter les témoignages des partenaires, des équipes, des bénévoles et les intégrer à la publication finale. Toutes ces voix constituent l’évaluation la plus sincère.

Et derrière cette fin, il y a ce travail d’écoute, de collecte et d’analyse, qui m’aide déjà à préparer les futurs projets avec, je l’espère, un peu plus de finesse, un peu plus d’attention, et cette volonté constante de créer du sens.

Terminer ce n’est pas fermer.
C’est préparer la suite, nourrir les prochains projets, faire circuler le vécu et le vivant. Et dans les démarches participatives, c’est peut-être l’acte le plus politique : prendre soin de la mémoire collective, refuser la logique du “one shot”, affirmer que les traces comptent autant que l’action.

Hélène Voinson
Take It Arty !

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